L'Iran et l'impérialisme
Écrit par Administrator   
17-06-2007

Le sens des menaces impérialistes

et la situation politique en Iran


Le gouvernement américain vient d’envoyer neuf navires de guerre avec 17 000 hommes dans les eaux du Golfe, à quelques encablures des côtes iraniennes. Il finance, arme et soutient des groupes de guérilla qui interviennent en Iran avec l’appui direct de la CIA. Après avoir placé l’Iran au nombre des pays faisant partie de " l’axe du mal ", George Bush avait déjà menacé d’une intervention militaire pour stopper le programme nucléaire iranien qui doit déboucher sur la possession de la bombe atomique. Dans le même but, tous les gouvernements bourgeois européens ont demandé le renforcement des sanctions économiques contre l’Iran.

Mais dans le même temps, des pourparlers viennent de s’engager entre les gouvernements américain et iranien portant sur…la sécurité en Irak. Ce qui permet de comprendre l’objectif immédiat des menaces de l’impérialisme, d’abord américain, contre l’Iran.

L’impasse pour l’impérialisme américain…

C’est au nom de la construction du " grand Moyen Orient " que l’impérialisme américain, soutenu par ses alliés, est intervenu en Irak, visant au contrôle complet des ressources pétrolières et de son approvisionnement, tout en espérant du même coup régler le sort de la résistance du peuple palestinien, écraser tout combat des masses dans cette région du monde, contraindre tous les gouvernements des pays du Moyen Orient à suivre sans faille la ligne de conduite qu’il aura fixée.

Mais l’armée américaine est aujourd’hui enlisée en Irak et l’opposition à la poursuite de la guerre grandit contre le gouvernement des Etats-Unis. Le gouvernement qu’il a installé à sa botte en Irak, mélange instable d’intérêts contradictoires entre les bourgeoisies locales chiite, kurde et sunnite, plus ou moins masquées derrière les drapeaux confessionnels, est incapable, quand il ne nourrit pas lui-même les attentats, d’amener la moindre stabilité.

Poursuivre l’occupation de l’Irak, renforcer les troupes, comme vient de l’autoriser le Congrès américain avec la rallonge des crédits de guerre, approuvée par le Parti Démocrate comme par le Parti Républicain, n’apportera pas plus de solution sur le terrain, avec les risques d’une radicalisation de l’opposition à la guerre dans la population américaine. Mais inversement, pour l’impérialisme américain, rapatrier ses troupes signifierait renoncer à ses objectifs, nécessaires pour préserver et étendre son emprise, et renforcerait encore le combat des peuples contre sa domination.

L’impérialisme américain se trouve donc dans une impasse, dont il tente de sortir. Son échec en Irak, où une partie de ses forces est déjà mobilisée, rend peu plausible dans l’immédiat une aventure militaire en Iran. Les menaces de guerre contre l’Iran aujourd’hui sont donc d’abord et avant tout destinées à faire pression sur le gouvernement iranien.

En effet l’impérialisme américain a besoin absolument que le gouvernement iranien s’engage à ses côtés pour tenter de normaliser la situation en Irak, tout comme il fait également pression dans le même but sur le gouvernement syrien. Peu importe pour l’impérialisme américain que le gouvernement archi-réactionnaire des mollahs iraniens opprime et terrorise son peuple, pourvu qu’il marche avec lui.

…Comme pour la bourgeoisie iranienne

Mais la bourgeoisie iranienne a ses propres ambitions de puissance régionale assise sur la rente pétrolière et la position stratégique de l’Iran.

Elle peut d’autant moins renoncer à ses ambitions qu’elle se sert d’un discours ultra nationaliste pour se maintenir au pouvoir. Malgré les coups terribles portés aux masses iraniennes, aux militants, avec plus de 100 000 fusillés, des dizaines de milliers d’emprisonnés, la torture, la réaction noire contre toutes les libertés politiques et démocratiques, en particulier les droits des femmes, et le million de morts occasionnés par la guerre Iran-Irak, le mouvement révolutionnaire iranien relève aujourd’hui la tête. En témoignent les grèves, comme dans les transports publics, les manifestations du 1er mai, l’agitation étudiante, etc…

Mais il y a une différence fondamentale avec le début du processus révolutionnaire de 1978.

Cette différence, c’est l’existence aujourd’hui en Iran du Parti Communiste Ouvrier d’Iran (PCOI), organisation fortement implantée dans les masses et participant à leurs combats, c’est à dire précisément ce qui a manqué en 1978. La position du PCOI sur les entreprises de l’impérialisme contre l’Iran n’est pas seulement la condamnation des sanctions et des menaces de guerre. Elle est couplée étroitement avec le défaitisme révolutionnaire : aucun soutien au régime islamique bourgeois ! pour son renversement ! les masses iraniennes n’ont pas besoin de la bombe atomique, elles ont besoin du socialisme !

Un rapide rappel des conditions politiques qui ont abouti à la constitution du PCOI

Après la mobilisation révolutionnaire de 1978 aboutissant à la chute du Shah, la bourgeoisie iranienne est incapable de mettre en place un gouvernement stable face aux masses organisées dans les shuras, conseils de type soviétique qui témoignent de la profondeur du mouvement révolutionnaire.

C’est donc l’impérialisme lui-même, avec l’aide de la bureaucratie du Kremlin et de son agent, le Parti communiste iranien Toudeh, qui propulse l’imam Khomeyni, ressorti en grande pompe de son exil à Nauphle-le-Château, à la tête de l’Iran. La raison en est simple : les partis bourgeois " classiques " ayant explosé sous les coups des masses, les dignitaires religieux sont, avec leurs écoles coraniques, leurs réseaux de mollahs, leurs mosquées, la seule force qui reste un tant soit peu organisée pour faire face à la révolution.

Derrière son discours anti-américain destiné à tromper les masses, Khomeyni va donc engager sous le drapeau de la religion islamique, mais pour le compte de la bourgeoisie, une lutte féroce contre les conseils ouvriers, les syndicats, les militants. Cela ne suffira pas pourtant à éteindre le mouvement révolutionnaire.

La guerre Iran-Irak, déclenchée par Saddam Hussein contre l’Iran à l’instigation des Etats-Unis, et avec l’aide de l’armement français, va donner l’occasion au gouvernement iranien de détourner les masses vers la défense du pays et de renforcer encore la répression contre les opposants. Les cadres dirigeants du Parti Communiste Ouvrier d’Iran d’aujourd’hui, PCOI, sont directement issus de ces combats. Ils ont, dans des conditions très difficiles, opéré un réarmement politique et organisationnel qui force le respect, renouant avec le marxisme, notamment avec l’apport de leur leader, Mansour Hekmat, mort en 2002.

En se dégageant de l’orientation criminelle du parti communiste stalinien de soutien à Khomeyni et des ses divers sous-produits " d’extrême gauche " partageant peu ou prou la même ligne, dont le Secrétariat Unifié, organisation internationale se réclamant du trotskysme dont fait partie la LCR, en rompant également avec les influences maoïstes et guérilléristes, en luttant contre le défaitisme issu de la chute de l’URSS qui prétendait renvoyer le combat pour le socialisme à des années lumière, ils ont constitué, en fusionnant avec d’autres groupes de militants, un parti communiste ouvrier dont le programme et l’objectif ouvertement affiché est le renversement du régime islamique bourgeois des mollahs, la prise du pouvoir par les masses et le socialisme. Leur combat, comme l’explique l’article de Jean Ribes dans ce même journal, trouve ses prolongements en Irak avec le Parti Communiste Ouvrier d’Irak sur la même orientation.

Décomposition et recomposition du mouvement ouvrier : un processus vivant

Une délégation du CCI(T) a participé au 6ème Congrès du PCOI à Stockholm et y est intervenue, (voir le texte de l’intervention ci dessous) dans une ambiance très chaleureuse et fraternelle, marquée par le souffle de la révolution iranienne. Nous y avons trouvé des camarades, qu’ils soient simples militants, délégués ou dirigeants, très ouverts à la discussion, curieux de nos positions et même surpris de rencontrer des trotskystes qui, contrairement à ceux qui s’en réclamaient et qu’ils avaient rencontrés jusqu’à présent, ne filaient pas le train de manière ouverte ou " critique " au régime islamique bourgeois de Téhéran au nom du combat contre l’impérialisme américain ! C’est même justement cette question qui jusqu’à présent les a empêchés d’avancer sur la question de la construction d’une Internationale Révolutionnaire.

Naturellement la discussion politique doit se poursuivre sur de nombreux points, comme par exemple sur la nature du stalinisme, l’impossibilité de construire le socialisme dans un seul pays, en même temps que la recherche d’actions communes, mais l’existence d’une organisation comme le PCOI montre parfaitement la combinaison dialectique et simultanée des processus de recomposition du mouvement ouvrier, contradictoires avec des phénomènes de décomposition. C’est un fantastique encouragement pour les militants révolutionnaires.

Sébastien COLERE, le 17 juin 2007.